Il y a des films qui traversent les décennies sans prendre une ride. Les Demoiselles de Rochefort est de ceux-là. En 1966, Jacques Demy choisissait notre ville pour y tourner sa comédie musicale — et Rochefort n’a plus jamais été tout à fait la même. Soixante ans ont passé. La place Colbert est toujours là, le Pont Transbordeur aussi, et les façades colorées du décorateur Bernard Evein hantent encore l’imaginaire de ceux qui ont vu le film. Franchement, peu de villes peuvent se targuer d’avoir lié leur nom pour l’éternité à un chef-d’œuvre du cinéma français. Rochefort, si. Alors si vous prévoyez un séjour ici, autant comprendre ce que vous allez vraiment voir — et pourquoi ce tournage reste une histoire à part.
Comment Rochefort est devenu Les Demoiselles de Rochefort
Au départ, le film aurait pu s’appeler autrement. Jacques Demy hésitait entre plusieurs villes — Les Demoiselles d’Avignon, Les Demoiselles d’Hyères. C’est l’architecture de Rochefort, et surtout son Pont Transbordeur, qui a emporté la décision. Deux années de travail préalable avec Michel Legrand pour composer la musique, puis Norman Maen pour les ballets. Du 31 mai au 27 août 1966, l’équipe s’installe. Trois mois.
Bernard Evein, le décorateur du film, fait repeindre 40 000 m² de façades en blanc, les volets devenant des taches de couleur vives sur cette toile de fond immaculée. La ville entière se transforme. Les Rochefortais participent comme figurants, à la kermesse de la place Colbert — 800 personnes en costume le matin du premier jour, 1 200 l’après-midi. À la sortie du film en 1967, tout le monde cherche son visage sur l’écran. C’est ça, le miracle Demy : il n’a pas filmé une ville, il a filmé ses habitants.
Les lieux du tournage que vous pouvez encore voir aujourd’hui
C’est ce qui rend ce film particulièrement intéressant à revisiter sur place : la plupart des décors existent encore. Pas figés dans le temps comme des monuments — vivants, utilisés, parfois métamorphosés, mais reconnaissables.
Le Pont Transbordeur, plus qu’un décor
Dans le film, le Pont Transbordeur n’est pas un simple arrière-plan. Il joue un rôle de passage, de frontière entre le quotidien et la magie. Demy connaissait bien ces ouvrages — il y en avait un à Nantes, qui avait marqué son enfance. Bernard Evein voulait le repeindre en rose tyrien. La production a refusé, trop cher. Tant mieux, d’une certaine façon : il a failli disparaître complètement après la dernière traversée de sa nacelle en février 1967. Son classement aux Monuments Historiques en 1976 lui a sauvé la mise. Aujourd’hui, c’est le dernier transbordeur en fonction en France — et vous pouvez l’emprunter à pied ou à vélo pour franchir la Charente, à moins de 15 minutes à pied des appartements Bleu Soleil.
La place Colbert, cœur battant du film
Descendez jusqu’à la place Colbert. C’est là que Jacques Demy a eu le coup de foudre dès sa première visite : un vaste quadrilatère avec ses façades classiques, ses pavés géométriques posés en 1964, son bassin central. Le café d’Yvonne Garnier, ce décor construit par Evein à l’angle des rues Pierre Loti et Audry de Puyravault, a été détruit à la fin du tournage. Mais la place, elle, est restée. En 2006, des travaux lui ont redonné son aspect d’origine avec les circulations en diagonale. L’appartement des deux sœurs, Delphine et Solange, était aménagé dans le bureau du maire — juste là, dans la mairie qui borde la place.
L’Alhambra, les autres lieux
Chaque soir pendant le tournage, toute l’équipe se retrouvait à l’Alhambra-Colbert, au 77-79 rue Jean Jaurès, pour visionner les rushes du jour. Ce cinéma est devenu depuis 1998 un studio d’enregistrement — l’Alhambra Studios — spécialisé dans la musique à l’image. Allez rue Bazeilles, vous trouverez l’ancienne école de Boubou. C’est là que Gene Kelly, dans le rôle d’Andy Miller, exécute un pas de danse entouré d’enfants rochefortais — le macadam avait été lissé spécialement pour sa chorégraphie.
Gene Kelly, Catherine Deneuve et les autres : un casting improbable à Rochefort
Pensez-y une seconde. Gene Kelly — oui, celui de Singin’ in the Rain — déambulant rue Latouche-Tréville. C’était son premier rôle dans un film français. Il s’exprimait dans un français impeccable lors des interviews. Catherine Deneuve joue Delphine aux côtés de sa vraie sœur Françoise Dorléac, dans ce qui serait l’un de leurs rares tournages ensemble — Dorléac décède accidentellement en 1967, l’année de la sortie du film. Michel Piccoli, Jacques Perrin (qui avait dû se décolorer les cheveux en blond), Danièle Darrieux — la seule à chanter son propre rôle en français. Tous les autres étaient doublés pour les parties chantées.
Les acteurs ne logeaient pas dans une bulle : ils partageaient la vie des Rochefortais, mangeaient au Grand Bacha (53 avenue de Gaulle, la cantine officielle de l’équipe pendant tout le tournage). Cet hôtel restaurant, séduit par ses boiseries rose et lilas, avait été le coup de cœur de Demy lors de sa première visite avec Agnès Varda. Il a fermé en 1986 ; le bâtiment est devenu une résidence, mais son nom est resté gravé sur la façade.
2026 : soixante ans après, pourquoi venir maintenant
L’anniversaire des 60 ans du tournage est l’occasion idéale pour revisiter ces lieux avec un regard neuf. La ville de Rochefort propose une exposition en lien avec cet héritage cinématographique — renseignez-vous auprès des archives municipales ou de l’office de tourisme pour les manifestations en cours cette année.
Mais au-delà des commémorations, il y a quelque chose de particulier à se promener dans une ville qui a servi de plateau de cinéma. Vous marchez sur les mêmes pavés. Vous traversez le même pont. Vous regardez la place Colbert en sachant que c’est là que 1 200 personnes se lançaient des confettis un après-midi de juillet 1966. Ça ne change pas grand-chose, et ça change tout.
Les appartements Bleu Soleil sont à 5 minutes à pied de la place Colbert, à moins de 15 minutes du Pont Transbordeur. Autant dire que vous avez tous les lieux du film à portée de semelles — sans voiture, sans navette, sans chercher un parking.
Et si on vous disait qu’il vaut mieux venir que de regarder
Revoir Les Demoiselles de Rochefort chez soi avant de venir, ça marche très bien comme mise en bouche. Mais arpenter les rues où Gene Kelly a dansé, s’arrêter sur la place Colbert au coucher du soleil, traverser la Charente en nacelle — c’est une autre expérience. Rochefort est une ville qui mérite qu’on y reste plusieurs jours, pas juste qu’on y passe. Les studios Bleu Soleil, entièrement rénovés, en plein centre-ville, sont l’endroit idéal pour ça. Réservez directement sur notre site pour bénéficier des meilleurs tarifs et d’une arrivée flexible à toute heure.





